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Voyage de l'association à Helsinki

L'association France-Finlande a l'honneur de vous annoncer qu'elle organise, du 14 au 18 août prochains, un voyage exceptionnel qui vous permettra de découvrir la capitale finlandaise, Helsinki.

Vous trouverez le programme de ce voyage sur le lien suivant.

 

Pour réserver, ainsi que pour toute question, merci de contacter notre Président (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)



 

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La guerre civile en Finlande & la bataille de Tammerfors

Si le triomphe de la révolution bolchévique se fit au prix du sang, ce fut au terme d'évènements tout aussi dramatiques, et portant les conséquences de ce lourd héritage, que la République de Finlande -née de l'éclatement de l'Empire des Tsars et de la déclaration d'indépendance du 6 décembre 1917- s'établit et édifia sa propre voie vers la démocratie. La Révolution d'Octobre à St-Petersbourg avait été une cause centrale de la décision du Sénat d'Helsinki de proclamer, le mois suivant, l'indépendance ; mais la victoire écrasante, en Finlande, des Blancs sur les Rouges allait confirmer les traits bourgeois, libéraux et pro-européens du jeune régime. Et si la Russie devait souffrir les affres du combat fratricide durant plus de cinq ans, la guerre civile finlandaise fut plus courte (six mois), mais d'une violence extrême (environ 40.000 morts dans un pays qui comptait alors 3,1 millions d'habitants). De tous les moments du conflit, la bataille de Tammerfors (aujourd'hui Tampere) en fut le plus décisif, le plus marquant, le plus douloureux.

A l'occasion du voyage qu'organise France-Finlande, du 14 au 18 août prochains, à Helsinki et à Tampere, nous avons la joie de vous présenter cet article, que M. Mikko Heikinheimo, ancien ambassadeur de Finlande et membre très actif de notre association, nous a fait l'honneur de nous transmettre. Puisse-t-il, par la précision de ses informations, la perspicacité de son analyse, sa concision et la vivacité de son style, faire revivre un instant pour nous cet instant crucial, et très méconnu du public français, qu'est la guerre civile finlandaise. 

En Finlande la guerre civile de 1917-1918 est largement considérée comme une affaire circonscrite à ce même pays. Or plusieurs facteurs extérieurs, ou internationaux, y ont contribué, notamment la révolution russe et la Première Guerre mondiale. Les politiques de la Russie et celle de l’Allemagne ont même pu avoir une influence décisive sur le résultat définitif de la guerre civile.

Certains bolchéviques ont dit que « la révolution russe [était] très contagieuse ». La Finlande s’est déclarée indépendante le 6 décembre 1917. Les soviets, présidés par Lénine, ont ensuite donné leur accord pour l’indépendance du  pays, mais ils ont pensé à ce moment-là que tous les pays, même la Finlande, allaient à terme devenir communistes. En Finlande les rouges, qui étaient surtout des ouvriers d’usines, des métayers ou paysans pauvres, prirent le pouvoir au sud de la Finlande. Le gouvernement légal, soutenu surtout par les riches propriétaires d’usine et les grandes fermiers, s’est enfuit à Vasa, à l’ouest du pays, et il a commencé sa lutte de résistance à partir de cette

Au premier abord l’armée blanche et l’armée rouge semblaient assez égales. Il est vrai que l’armée rouge avait un peu plus de soldats que l’armée blanche. Les rouges avait du matériel de guerre russe en leur possession et le matériel des blancs était surtout allemand. Le facteur décisif pour la guerre était néanmoins la discipline qui régnait dans l’armée blanche, qui avait une troupe de soldats formés en Allemagne, les jaegers, ou les chasseurs (« jääkärit »). Ces soldats avaient fait la guerre sur le front de l’est contre la Russie. Dans l’armée blanche il y avait également des officiers allemands et des soldats volontaires suédois. En revanche environ dix pourcent des soldats russes de l’ancienne armée impériale qui avaient été stationnés en Finlande ont rejoint les rangs des rouges. Or l’armée rouge était moins disciplinée, moins bien organisée et formée que l’armée blanche.

En Finlande la guerre civile eut lieu vers la fin de la Première Guerre mondiale. L’Allemagne était encore en position de supériorité et son but était de créer un front de la Mer noire jusqu’à la Mer arctique. C’est pour cela qu’elle a occupé les Iles d’Åland et décidé d’intervenir également en Finlande. Ce pays avait donc ses propres intérêts dans la guerre civile en Finlande ce qui a, en fait, aidé l’armée blanche.

La situation russe était chaotique à cause de la révolution. D’abord son ministre de la guerre, Léon Trotski, avait décidé de mettre fin aux hostilités avec l’Allemagne (« ni guerre, ni paix »), mais après un vote les soviets ont soutenu l’idée de Lénine de conclure la paix avec l’Allemagne bien que cela signifiait – au moins pour le moment – que plusieurs pays, comme les pays baltes, allaient quitter la Russie. L’avancée des troupes allemandes vers Petrograd (ex-Saint-Pétersbourg) a en fait obligé la Russie à conclure la paix, car le pouvoir des soviets commençait à être menacé.

Les Etats-Unis ont participé à la première guerre mondiale à partir de la fin 1917 seulement. Après avoir fait la paix avec la Russie, avec les soviets, l’Allemagne pouvait concentrer la plupart de ses forces militaires sur le front de l’ouest où l’on attendit 1918 pour commencer à clairement ressentir l’influence américaine. La propagande de guerre de l’Allemagne affirmait encore au printemps en 1918 que le pays allait gagner la guerre., et en Finlande l’armée blanche y crut. Mais la défaite allemande devint progressivement évidente.

Au cours de la guerre civile finlandaise l’armée blanche, qui eut comme commandant général Mannerheim (ancien officier de l’armée impériale arrivé de la Russie), a hésité entre deux lieux pour la bataille décisive, à savoir Viborg (Viipuri) et Tammerfors (Tampere).  La conquête de Viborg aurait présenté l’avantage de couper la ligne de ravitaillement de l’armée rouge. Tammerfors quant à elle, était une base ou tête de pont important pour les rouges et ils pensaient que la bataille décisive y aurait lieu. On ne doit pas oublier que les rouges occupaient toute la partie méridionale de la Finlande au début de la guerre civile.

L’attitude des blancs n’était pas unanime à propos du fait de demander de l’aide à l’Allemagne. Le commandant des blancs, le général Mannerheim, était un ancien officier russe ; il avait donc une attitude assez négative envers les Allemands et plus de la sympathie envers les alliés, ennemis de l’Allemagne. En revanche, le gouvernement légal de la Finlande était favorable à cette demande d’aide à l’Allemagne et exigea que l’ambassadeur finlandais à Berlin présente cette demande. Mannerheim espérait que la bataille de Tammerfors serait gagnée avant le débarquement de l’Allemagne en Finlande. Il voulait précipiter l’attaque des blancs pour les batailles de Tammerfors, ce qui engendra des pertes importantes de soldats même dans l’armée blanche.

L’armée blanche souhaitait encercler Tammerfors et parvint finalement à le faire. Les pertes d’hommes étaient lourdes dans les deux armées à différents moments et le front avançait et reculait sans cesse. Les pertes des blancs dans les batailles de Tammerfors devinrent si importantes que le général Mannerheim fut discrètement écarté du poste de commandant de l’attaque de Tammerfors ; il se trouvait en vérité dans une autre ville, Pieksämäki, au moment de la conquête définitive de Tammerfors. Officiellement, il conserva toujours son poste de commandant de l’armée blanche et on ne voulait pas l’écarter de cette position. Pourtant le gouvernement menaça à un moment donné de le faire s’il continuait à refuser l’aide de l’Allemagne. On a prétendu que Mannerheim se trouvait à Pieksämäki pour préparer la bataille de Viborg. Or c’était un prétexte. On a nommé à la tête de l’armée blanche pour les batailles de Tammerfors le responsable de la formation des jaegers (chasseurs) finlandais. Il s’agissait du colonel allemand Edouard Ausfeld, auquel on accorda plus tard la nationalité finlandaise comme récompense (en dépit du fait qu’il ne parlait pas le finnois). Le chef des soldats volontaires suédois, le colonel Harald Ossian Hjalmerson, a également eu un rôle important dans l’armée blanche au côté des officiers finlandais.

L’artillerie blanche eut un rôle décisif dans les batailles de Tammerfors. Elle anéantit efficacement plusieurs troupes rouges ainsi que le centre de la ville de Tammerfors ; les quartiers ouvriers quant à eux furent quasi entièrement détruits du fait des bombardements. Une fois que les rouges s’étaient enfin entièrement rendus on rassembla sur la place principale de la ville plus de 10 000 prisonniers rouges. Les chefs des rouges et les soldats russes furent immédiatement exécutés. Les autres furent bientôt transférés dans les garnisons de la ville comme prisonniers.

Or la guerre civile de Finlande continua ailleurs. A la fin de ce conflit la ville de Viborg a été conquise, puis l’on mit fin à la résistance des rouges dans les régions de Kouvola et de Kotka au sud-est du pays. Après la guerre civile on comptait plus de 100 000 prisonniers dans les camps de concentration et prisons finlandais. Une très grande partie des prisonniers sont morts de faim ou de maladies dans des circonstances atroces, forcés de vivre en extérieur dans les camps.

Le gouvernement blanc du pays considérant que le peuple finlandais n’était pas mûr pour une république, il élit un roi pour le pays, le prince Karl Friedrich de Hesse. Or celui-ci refusa finalement d’accepter cette position à la fin de l’année 1918, après la défaite de l’Allemagne à l’issue de la Première Guerre mondiale. La Finlande devint donc devenu un pays où le président avait, d’abord, de très larges pouvoirs. L’Allemagne jouait  un rôle politique et militaire important en Finlande, mais ce rôle diminua rapidement. Le général Mannerheim fut nommé régent ou « protecteur » du pays le 12 décembre 1918 et le resta jusqu’aux élections présidentielles. Il est intéressant que Mannerheim ait pu être commandant de l’armée finlandaise pendant la Seconde Guerre mondiale, et même être accepté comme tel par la gauche, bien qu’il ait été appelé par les rouges « Gustaf l’assassin » au moment des batailles de Tammerfors. Mannerheim fut ensuite président de la Finlande du 4 août  1944 au 4 mars 1946.

Après la guerre civile Tammerfors a dû souffrir du fait d’avoir été du mauvais côté dans cette guerre (à l’instar de Charleston pendant la guerre de Sécession en Amérique). La ville s’est néanmoins développée et agrandie pour progressivement devenir – en fonction des critères pris en compte – la deuxième ou la troisième ville du pays. Elle fut toujours été considérée comme une ville industrielle et, en Finlande, on l’appelle souvent « Manse », en référence à la ville industrielle anglaise de Manchester.

 

Mikko Heikinheimo